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Chantage antidémocratique

Sarkozy/Merckel : le duo désormais rodé se livre volontiers à son numéro de choc qu’il affectionne tant. La Grèce ? Elle n’a qu’à bien se tenir, a grondé la chancelière, céder aux banques, tourner un nouveau tour de vis budgétaire, pressurer encore plus son peuple par l’austérité et la casse du peu de protection sociale qui demeure intact. La lutte contre la crise ? 
Il faudrait instaurer un impôt commun sur les sociétés afin, a cru bon de préciser son homologue français pour ceux qui s’inquiéteraient, « de pouvoir baisser les taux ». L’Europe ? Elle doit passer sous les fourches Caudines 
du pacte des rapaces que portent tous deux depuis 
des mois et que le dernier Conseil européen avalise.

Soutien électoral ? Certes. Chantage antidémocratique ? Encore plus. À moins de quatre-vingts jours du premier tour de l’élection présidentielle, alors que le peuple souverain doit parler, le duo franco-allemand entend lui ôter toute voix au chapitre quant à la politique qui serait menée à partir 
de mai prochain. Comme il avait déjà procédé en niant le verdict des urnes sur le projet de constitution européenne en 2005, par le recours au seul Congrès pour faire avaliser son avatar du traité de Lisbonne, le chef de l’État a osé 
en appeler au « respect de la parole donnée » si d’aventure quelqu’un, en l’occurrence ici le candidat socialiste qui en avait évoqué la perspective, entendait respecter sur ce point le suffrage universel, dans quelques semaines à peine. La tentative de hold-up du débat présidentiel et législatif dessine un axe qui n’est pas seulement celui tracé entre deux capitales de deux des principaux pays de l’Union européenne. Il s’agit bien d’intimider notre peuple pour asséner que, face à cette crise, il n’y aurait pas d’autre voie possible que celle de sacrifices toujours plus importants imposés aux mêmes : TVA sociale, mise sous tutelle des budgets nationaux, casse définitive de la protection sociale, destruction du droit des salariés, flexibilité tous azimuts...

Le programme du candidat Sarkozy, soutenu par le Medef français et le capital allemand, est sur la table. Il s’inspire de recettes qui, paraît-il, ont fait merveille outre-Rhin. Au profit de qui ? Près d’un tiers de contrats précaires, 2,5 millions d’hommes et de femmes travaillant pour moins de 5 euros de l’heure, un taux de pauvreté qui a explosé...

Le peuple allemand n’a tiré nul avantage du « modèle » 
mis en place par le social-démocrate Gerhard Schröder et repris par sa remplaçante. L’OIT y voit même une des racines de la crise, venant conforter la vision de ceux qui prônent de tout autres choix, de développement, de société.

« En se mobilisant, les salariés européens peuvent siffler la fin des orgies financières », disaient deux autres responsables politiques, le 15 décembre dernier, dénonçant « la domination arrogante de deux chefs de gouvernement sur tous les autres ».

Dans une déclaration commune, Jean-Luc Mélenchon et Oskar Lafontaine parlaient droits nouveaux, retraite décente, lutte contre la précarité. Ce couple franco-allemand-là réconciliait nos deux peuples là où le premier ne sait que semer le germe de la division, lourd de menaces.

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